L’école des colonies - Didier Daeninckx

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L’école des colonies vue par Didier Daeninckx

Didier Daeninckx a choisi une période charnière, celle de l’immédiat après-guerre, pour évoquer L’école des colonies, celle qui était chargée d’inculquer à une minorité d’indigènes - 48 millions d’habitants d’Afrique subsaharienne, d’Asie, d’Océanie, des Antilles ou du Maghreb - les bases pour devenir des serviteurs zélés de la République, des producteurs dociles ou de bons soldats, à défaut d’en être des citoyens à part entière.

Il le fait au travers d’un ouvrage illustré largement, et avec pertinence, où foisonnent les cartes et panneaux documentaires cartonnés qui, jadis, tapissaient les murs de « la communale » et donnaient des possessions françaises une vision aussi idyllique que tronquée.

Quels étaient les objectifs de l’école des colonies ?

n Didier Daeninckx : « Il y a, d’une part, la volonté de développer l’économie et de contribuer à la prospérité de l’empire colonial français. Mais dans le même temps, on s’aperçoit qu’un peu partout, sont rédigées des directives et mises en place des méthodes pédagogiques pour ne dispenser qu’une partie du savoir et que ça ne dépasse pas un certain niveau. Il s’agit de former des travailleurs, des boys, et des soldats. Pas des intellectuels. En outre, l’accès à l’éducation est extrêmement réduit : quelques pour cent de la population ».

Il y a beaucoup de cynisme dans cette organisation ?

n « Elle s’inscrivait dans le système colonial, où la France créait deux catégories : les citoyens de la République, qui sont principalement en métropole, les colons et les expatriés, et d’autre part les indigènes qui en sont les sujets. Ceux-là sont soumis à un impôt de capitation, n’ont pas accès aux bureaux de vote, sont cantonnés dans des réserves dont ils n’ont pas le droit de sortir sans autorisation sous peine d’amende ou de travail forcé. Ils sont aussi privés de leur propre histoire et de leur langue. La contradiction la plus forte apparaît juste après-guerre, lorsque le général de Gaulle va démanteler le système de l’indigénat pour remercier les troupes coloniales d’avoir versé leur sang pour délivrer la France du nazisme ».

Que reste-t-il aujourd’hui de l’école des colonies ?

n « J’ai envie de répondre comme ça, par une pichenette : il en reste Nadine Morano. Et quand je dis ça, c’est tout à fait sérieux : ce qu’on a inculqué, c’est-à-dire ces stéréotypes, ces mécanismes de penser l’autre en le jugeant inférieur, en créant une hiérarchie dans les cultures, dans l’écriture et dans l’art, ont fini par créer des réflexes qui perdurent encore aujourd’hui. Je me souviens avoir lu, dans l’encyclopédie qui m’a été offerte pour mon certificat d’études, en 1962, que la Nouvelle-Calédonie était une terre autrefois habitée par des sauvages aujourd’hui civilisés. C’est ce qu’on m’apprenait à moi. Ma génération a été élevée dans l’amour de l’empire. On regardait les cartes avec la couleur rose, et on ne rêvait que d’une chose : c’est que l’Afrique soit totalement couverte de la couleur de la France. Je crois qu’aujourd’hui l’école n’en a pas pris pleinement la mesure, et qu’il faudrait améliorer la connaissance historique de ce qu’étaient l’empire colonial et le statut de l’indigène, extrêmement discriminatoire ».

C’est le rôle de l’écrivain de déconstruire les mythes ?

n « Oui. Simplement pour arriver enfin à se dire ce qui s’est réellement passé et ne pas rester sur des mensonges et des légendes ».

PROPOS RECUEILLIS PAR FRANCK BOITELLE pour www.paris-normandie.fr/


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